17 octobre 2007
Les agrocarburants ne sont pas bio
Ca y est ! On commence enfin à changer de vocable. Suite aux parutions
récentes de livres critiques sur « l'or vert », et suite aux
polémiques qui ont suivi, remettant en cause le bien-fondé de l'intérêt
croissant porté aux agrocarburants, le mot « biocaburant » commence à être remplacé par
« agrocarburant ». A juste titre, car ces
agrocarburants n'ont rien de bio (ou si peu). Alors que certains pays comme les
Etats-Unis ou le Brésil y voient un moyen de se rapprocher d'une hypothétique
indépendance énergétique, de nombreuses voix s'élèvent contre le « péril
vert ». D'une part, l'essentiel de la production d'agrocarburants provient
d'une agriculture intensive, gourmande en engrais chimiques, pesticides et
autres insecticides. Tout le contraire d'un produit issu de l'agiculture
biologique. De plus, les impacts sociaux et environnementaux sont bien plus
vastes : au Brésil, les petits paysans perdent leurs terres, notamment au
profit des grands industriels des agrocarburants, en Asie du Sud-Est, ce sont
des millions d'hectares de forêts qui sont défrichées pour la culture du
palmier à huile. Enfin, le développement des agrocarburants met en danger la
souveraineté alimentaire de certains pays, où les cultures dédiées aux
agrocarburant risquent de prendre le pas sur celles dédiées à l'alimentation
humaine. Avec le problème suivant : doit-on sacrifier à l'appétit de 800
millions d'automobiles les 3 milliards de personnes pour qui l'agriculture est
avant tout vivrière ? Alors que la population mondiale se situera autour de 9
milliards d'humains en 2050 et que se pose la question de la capacité de la
Terre à nourrir tout le monde, destiner une partie de la production agricole à
l'usage de carburant n'est pas sans poser de questions. Si leur bilan carbone
est moindre que l'or noir, leurs impacts sociaux et environnementaux ne sont
pas idéaux, et c'est un euphémisme. Certains en viennent même à parler de
« nécro-carburants ». On le voit, les agrocarburants ne sont pas LA
solution à la fin programmée du pétrole. Tout au plus peuvent-ils devenir une
composante du futur « mix énergétique » mondial, au même titre que
l'hydraulique, l'éolien ou le solaire.
24 juin 2007
Une analyse critique du livre "Les coulisses du commerce équitable" de Christian Jacquiaux. Par Benoît Aubé
Le commerce équitable doit être transparent et donner aux consommateurs une vision claire pour être à la hauteur des changements qu’il réclame. Il est également normal qu’un débat soit ouvert sur les moyens d’être le plus efficace possible pour les producteurs impliqués, et notamment sur les canaux de distribution. Cependant, quel crédit donner à une « enquête » menée par C. Jacquiau, dont le manque d’impartialité laisse penser que le verdict anti Max Havelaar a été écrit à l’avance.
1. Une manipulation des chiffres
Le taux d’intérêt de 12% proposé par les partenaires de Max Havelaar aux producteurs (p.118), est à mettre en rapport avec les taux pratiqués par d’autres acteurs dans le commerce « traditionnel » (taux non mentionnés et sans commune mesure avec celui ci..), mais il n’est également fait mention que du taux nominal et non du taux réel (nominal – inflation). Afin de juger du caractère « exorbitant » de ce taux, il est possible de le comparer avec ceux pratiqués par la Grameen Bank, dont le fondateur vient d’être nommé Prix Nobel de la Paix, et qui fait référence en terme de micro finance. En comparaison avec les 15-20%, et en tenant compte des spécificités de chaque pays, on pourrait en conclure que les taux Max Havelaar ne sont pas si inéquitables que ça, sauf à supposer que le « Pacte avec le diable (Danone)» conclu par la Grameen Bank la fait passer du côté du Mal…
L’évaluation actuelle des monnaies (p.118) n’est pas en soi une indication du coût supportée par les producteurs, cette différence serait significative si les prix M.H avaient été fixés au moment du « dollar fort » et non réévalués depuis. Il est néanmoins aisé de connaître la signification des chiffres et d’en donner une interprétation différente…
Démontrer qu’il faut 49 jours de « travail équitable » (p.261) pour permettre à un paysan de se payer un paquet de café, soit. Cependant, en comptant les 4€ mensuel supplémentaires qu’il a lui même calculés, et 3€ pour un paquet de café, moins d’un mois serait suffisant. Mais surtout, cette analyse fait abstraction des différences de niveau de vie (cf. infra).
Les charges de publicités ne sont pas à considérer comme des charges (p.215) et donc a rapporter aux revenus présents, mais plutôt ici comme des investissements dont profiteront les producteurs dans le futur via la généralisation de l’équitable (principe comptable des amortissements…).
2. Fonctionnement du Commerce Equitable
Certes, le fait que les paysans doivent payer pour être labellisés, un coût que n’ont pas les autres producteurs est une « absurdité » (p.116), et la proposition d’ « inverser la réglementation » est bonne, mais la responsabilité n’est pas à mettre sur le compte de M.H. mais du fonctionnement du commerce traditionnel !
Une des règles de base d’un audit (que devrait connaître l’auteur) est la présence sur le terrain afin de confirmer certaines informations obtenues, on voit ainsi rarement KPMG réaliser une clôture des comptes uniquement depuis ses bureaux de La Défense. Comment parler de ce sujet, et notamment des conditions de vie des paysans… sans même les avoir vues ? Difficile à justifier ! il en découle une méconnaissance des réalités locales, telles que la différence de la valeur de l’argent entre un pays développé et un pays du Tiers Monde.
Pourquoi ignorer la réalité de la différence du coût de la vie entre les pays producteurs et la France? Annoncer que l’augmentation de leur rémunération (4€/ mois) leur permet a peine de se payer un cappuccino (p.162) ne peut avoir pour but que de fausser les repères du lecteur. Il serait ainsi possible de dénoncer le prix de vente du livre de M. Jacquiau comme exubérant car représentant 6 mois de salaire d’un producteur de café, tout comme le salaire d’un commissaire aux comptes lui donnerait les moyens d’un millionnaire dans un pays du Tiers monde.
Pourquoi reprocher à Starbucks ses actions sociales telles que celle menée avec les Restau du Cœur ? Il est reproché d’être « excentrés » « comme la misère qui fait détourner le regard » (p.167), mais il ne font la que s’adapter a la situation actuelle et c’est a notre société qu’il faut reprocher de rejeter ses pauvres. Pourquoi encore reprocher a cette initiative de se faire de manière assez confinée, et dans le même temps critiquer l’excès de communication sur les actions menées ? Belle proposition enfin que de proposer « d’ouvrir les salles des Starbucks à ceux qui ont froid » (p.168), mais devrait on donc demander quiconque faisant un don à une association humanitaire, de plutôt accueillir chez lui les personnes dans la misère… ?
Les Magasins Artisans du Monde ont leur raison d’être dans l’implication militante et dans la recherche de meilleures relations commerciales. Cependant, le mode de fonctionnement, avec des bénévoles, est-il vraiment équitable et durable ? Pas sur. De plus, s’ils constituaient le seul canal de distribution, les volumes seraient bien moindre… réduisant d’autant le nombre de producteurs en profitant.
Enfin, réclamer un commerce équitable Nord-Nord est tout a fait justifié. Cependant, Max Havelaar ayant choisi de se concentrer sur les producteurs du 1/3 Monde, c’est a dire dans une misère extrême, ce n’est pas forcément sur eux qu’il faut se reposer. En revanche, les AMAP (p.446) et autres initiatives de rapprochement entre les paysans de nos régions et les consommateurs dont des exemples à suivre et à développer… notamment en tant que consommateurs.
Jacquiau relève tout d’abord que certains acteurs de l’équitable sont tentés par la grande distribution pour augmenter les débouchés. Il tente de démonter cette argument en citant B. de Boischevallier à propos de producteurs qui n’écoulent pas leur production « […] par manque de marchés … » (p.264), or c’est bien de cela qu’il s’agit, les réseaux « alternatifs » n’offrent pas de débouchés suffisant pour sortir le commerce équitable du confinement.
Dans un long plaidoyer sur le petit paysan que le « Méchant Max » enfermerait dans son statut de « petit producteur équitable » (p.272 ), sans aucun espoir de changer, d’évoluer, voire même bouger un petit doigt, le « gentil Jacquiau » oublie (malgré sa longue enquête sur place….) bien des initiatives qui ont justement pour but de les aider à investir, s’équiper et ainsi retenir sur place un peu plus de valeur ajoutée.
Notre cher auditeur reconverti dans l’équitable dénonce « l’équitable [qui] reste un produit de luxe » (p.306 ), en effet les produits équitables sont plus chers que la moyenne (mais restent moins chers que le « haut de gamme »). Les raisons sont principalement leur qualité et la prime équitable. Le grand écart de Mr Jacquiau est ici impressionnant : après avoir vigoureusement critiqué l’équitable qui n’intègre que le produit et non l’ensemble de la filière (transport, distribution) il s’attaque désormais à son prix élevé. Il ignore donc ici (volontairement ?) que plus d’équité tout au long de la chaîne (ce qui serait souhaitable) réserverait de fait ces produits à une élite.
Puisqu’il s’agit de critiquer à tout prix le « Système Max » ? Mr Jacquiau en vient à critiquer la polyculture (p.385 ) En mode « Jacquiau » ce serait l’aveu que le commerce équitable n’assure pas de revenu suffisant ? Il s’agit pourtant bien d’assurer l’indépendance des producteurs leur permettant par exemple de renforcer leur position de négociation puisque leur survie ne dépend pas uniquement de leur vente de café.
Jacquiau met en avant « l’absence de repères et la prolifération d’entreprises se réclamant du commerce équitable [qui] perturbe la perception » (p.434 ). Il milite donc indirectement en faveur d’un label (M.H., bio équitable ou autres), ou d’une norme permettant de se rattacher à un ensemble de critères. L’hégémonie de MH peut être critiquable en cela qu’il focalise l’attention et peut nuire à la concurrence, il n’empêche qu’il facilite la lisibilité du marché.
3. De l’objectivité de l’auteur…
Comment pourrait on croire à l’objectivité de « l’enquête » quand elle est truffée de traces d’une rancune envers Max telle que « une histoire que l’on raconte depuis des années chez max Havelaar, toujours la même… » (p.262 ).
Peut être conscient de certaines faiblesses dans ses raisonnements, Monsieur Jacques pratique la manipulation des chiffres, annonçant ainsi sans se démonter une baisse du prix payé au producteur de 7 000% (p.18), soit -69€ pour un prix initial de 1€…
Quand il n’y a pas de chiffre à manipuler, la méthode utilisée est la généralisation à partir de l’expression d’une opinion. Annoncer que « Starbucks n’est guère apprécié pour ses méthodes sociales » aux Etats Unis n’est aucunement vrai pour quiconque ayant pu le constater par un séjour prolongé aux USA. De la même façon, l’usage fréquent de l’anonymat permettant de faire dire ce qu’on veut à qui l’on veut… laissant planer des doutes sur la véracité de ces propos.
Le titre devrait s’intituler « Guide pratique de la critique de Max Havelaar », pourquoi dans l’analyse du commerce équitable, ne pas faire une analyse également détaillée des pratiques des autres acteurs, par ailleurs cités comme « sources sures » ? (Le bio équitable n’impose par exemple que 25% d’équitable minimum contre 50% pour Max Havelaar…).
L’utilisation de source variées enrichit forcément un ouvrage, cependant, peut-on considérer que tout source a la même valeur ? comment considérer par exemple un mémoire de maîtrise d’IUP, il peut être valable, il peut aussi manquer en apparence de solidité.
Le lecteur ne pourra montrer sa surprise, la page de couverture n’annonce-t-elle pas elle même son contenu : « mensonges et vérités sur un petit business qui monte ». Et on y retrouve en effet quelques réflexions intéressantes, noyées au milieu de mensonges, médisances et manipulations. Dommage donc qu’au lieu de mener une analyse sérieuse du secteur, porteuse d’améliorations, on doive se contenter de ce qui ressemble plus à la vengeance d’un homme piqué au vif (se serait il fait éconduire par Max lors d’une demande de collaboration… ?)
07 février 2007
Un petit résumé du Pacte Ecologique, rédigé par le Comité de Veille Ecologique
Les grandes lignes du Pacte :
Les objectifs visés : baisse de la consommation, changement des modes de production, fiscalité prenant en compte les vrais prix des services rendus par la nature, sortie du "tout routier", orientation vers une economie circulaire ou les déchets des uns sont les matières premières des autres et où les produits ont une plus grande durée de vie.
Les mesures proposées : un vice premier ministre chargé du développement durable, l'instauration d'une taxe carbone permettant d'arriver à une division par quatre des émissions de GES et incluant une compensation pour les plus pauvres, une réorientation des subventions agricoles vers une restauration collective (10000000 de repas/ jour) tournée vers une agriculture durable, soumettre les grandes choix de société au débat public et mettre en place une vraie campagne d'éducation à l'écologie et au développement durable.
Analyse :
Ces objectifs et mesures
directifs sont à la fois audacieux et réalistes.
Ils demandent à tous un effort
significatif pour un changement vers de nos modes de vie mais ils l'accompagne
et le facilite.
Ils sont une feuille de route
tenable par un gouvernement, pour peu qu'il y croit et qu'il résiste à la
tentation de la facilité. Car les problèmes, tout comme les solutions, sont
complexes.
On tient donc là un outil, peut-être pas parfait, mais quand même plus lisible et entendable que le meilleur programme proposé par les Verts,qui plus est signé par 500 000 personnes et porté par un personnage charismatique et sincère, et on trouve des écolos, des altermondialistes, des décroissants pour tirer sur le projet. N'est ce pas aussi se tirer une balle dans le pied que de cracher sur les meilleures initiatives, alors que nous connaissons tous l'urgence de la situation ?
Nicolas Hulot est soutenu par
TF1, par Bouygues, ce qui lui attire les critiques des plus radicaux... OK, mais si on veut apporter un
changement, il faut compter avec tout le monde et ne pas s'opposer les uns aux
autres.
Je ne suis pas angélique, la
route est encore longue pour que notre monde consomme mieux et moins, mais
c'est pourquoi chaque avancée, grande ou petite, pourvu qu'elle soit sincère,
devrait être appuyée.
Le pacte écologique sur Culture DD :
26 janvier 2007
des questions avant les réponses
Bonjour tout le monde!!
Si vous êtes sur "il est où dédé?", j'imagine que vous devez avoir une certaine sensibilité pour l'écologie. et si pas, il est toujours temps de s'y mettre. pour ceux là, je vous invite à vous interroger sur quelques problèmes dont l'homme (donc nous) est directement responsable, comme la torture des animaux dans l'élevage intensif, la pollution dans tous les milieux naturels, portant atteinte à un très grand nombre d'espèces (dont l'homme). La réponse, c'est à chacun d'aller la chercher au fond de soi, car la vérité n'est pas la même pour chacun.
En fonction de la réponse que chacun a trouvé, il est de notre devoir d'agir en conséquence.
Bonne réflexion à tous
Tanguy
PS: les questions amènent d'elles-mêmes les questions
11 décembre 2006
Développement durable, soutenable ou décroissance ?
Un même constat sur la situation, différentes manière d'envisager l'action.
Entre le développement durable, terme consensuel entré dans le langage courant, et la décroissance, prôné par les plus militants, en passant par le développement soutenable, traduction plus exacte du "sustainable development" anglo-saxon, les mots ne manquent pas pour désigner une même idée.
Cette idée, c'est que la Terre est un espace fini, limité, et que nous n'en avons qu'une. Il faut donc prendre en compte cette évidence, ce que ne fait pas aujourd'hui le modèle de civilisation "à l'occidentale". Ainsi, si tous les habitants de la Terre vivaient comme un Français, il faudrait 3 planètes pour répondre à nos besoins en termes de consommation de ressources ou élimination des déchets. Il convient donc de choisir un mode de développement adapté à notre planète. En bref : faire mieux avec moins.
Et c'est là où le bât blesse. Doit-on apporter des aménagements à notre mode de développement actuel pour le rendre plus respectueux de la planète et de ses habitants ? Ou bien changer de modèle, pour tendre vers une société moins basée sur "l'avoir" et plus sur l'être ? C'est peu ou prou les discours respectifs des partisans du développement durable et de la décroissance.
Moi j'aime bien le terme de développement soutenable. Un rythme de vie qui serait soutenu par la planète, mais aussi par chacun. Je le vois comme un modèle qui ne renie pas l'actuel, qui prend en compte l'homme dans toutes ses dimensions et ses aspirations (comme par exemple la recherche d'un certain confort), mais qui y apporte des modifications profondes, qui privilégie l'essentiel au superflu, et donc l'être à l'avoir.
La planète a les ressources pour permettre à l'ensemble de ses
habitants de vivre dignement. Mais pour que les plus défavorisés
atteignent ce niveau de vie, il faut que les "privilégiés" vivent plus
simplement.
Mais l'inertie est grande dans notre monde, et le fantasme de "toujours plus de croissance", et donc de "toujours plus de confort" est bel et bien ancré dans les mentalités. Le changement se fera par petits pas, et on peut déjà mesurer les progrès effectués. Mais ils sont encore très, très insuffisants, et c'est pourquoi la mobilisation de tous est une condition sine qua non !
Il s'agit de faire ce qu'on peut, chacun à son niveau, à sa manière, et ce sera déjà une réussite.Devant l'urgence de la situation et l'ampleur des enjeux, tous les pas, petits ou grands, dans la bonne direction sont importants. Et les différents acteurs, qu'ils soient du développement durable ou de la décroissance, au lieu de s'opposer, feraient mieux de se soutenir.
