03 octobre 2007

Une perle : la lettre ouverte d'ORAMA au Président de la République

ORAMA est l'Union qui fédère l'Association Générale des Producteurs de Blé (AGPB), l'Association Générale des Producteurs de Maïs (AGPM) et la Fédération Française des Producteurs d'Oléagineux et de Protéagineux (FOP), représentant 325 000 exploitations et 14 millions d'hectares. Début octobre, durant les négociations du Grenelle de l'Environnement, ce lobby a fait paraître dans la presse une lettre ouverte au Président de la République, intitulée : Monsieur le Président, ne cédez pas aux « marchands de peur » !

Ne boudons notre plaisir, la voici dans son intégralité, avec, dans le corps du texte et entre parenthèses, les commentaires de Dédé :

« Monsieur le Président, vous nous avez promis une France du progrès et de l'innovation ainsi que le « maintien d'une agriculture de premier plan en France et en Europe », projet auquel nous adhérons totalement.

(=> Dommage qu'elle s'adresse nommément au Président, comme si ORAMA cherchait à contourner l'opinion publique et à mettre la pression sur le groupe de réflexion du Grenelle en charge de la question de l'alimentation.)

Pour répondre aux défis d'une agriculture nourricière, durable et respectueuse de l'environnement, nous sommes convaincus que la France a un besoin vital des biotechnologies. Elles autorisent le développement d'une agriculture qui allie performance économique et performance écologique.

(=> Pour ce qui est de la performance économique des biotechnologies, cela ne fait pas de doute, sinon ce lobby de l'agriculture intensive ne chercherait pas à les imposer. Mais cette performance économique profite beaucoup plus aux grands semenciers qu'aux agriculteurs, obligés de racheter des semences chaque année. En terme de performance écologique par contre, l'utilisation moindre de pesticides et autres produits chimiques qu'elle permettent est contrebalancé par des effets néfastes, notamment sur la biodiversité. Et qu'en est-il des performances nutritives de produits agricoles standardisés ? Qu'en est-il des performances en termes de santé publique d'aliments trafiqués, dont on ignore encore les impacts sur l'organisme ?)

Monsieur le Président, nous sommes au coeur du monde agricole français, rassemblés autour d'un objectif commun : répondre aux besoins du 21ème siècle, c'est à dire produire plus et mieux. Face à la pression de groupuscules qui ont choisi la violence pour exprimer leurs idées et à la stratégie de hold-up médiatique développée par ces « marchands de peur », nous tenons à faire entendre notre voix.

(=> ORAMA est dans son bon droit, si l'on interprète cette lettre ouverte comme une contribution au débat, une volonté de faire entendre la voix des grands producteurs agricoles.)

Monsieur le Président, entendez l'avis de l'immense majorité des scientifiques et des experts, compétents et rigoureux, qu'ils exercent à l'Institut National de la Recherche Agronomique (INRA(, l'Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA), la Commission du Génie Biomoléculaire (CGB) ou l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA). Partout dans le monde, ils estiment qu'à ce jour :

- Les OGM autorisés ne présentent pas de risques pour la santé humaine. Au contraire, ils améliorent la qualité et la sûreté des aliments.

- Ces OGM sont aussi un progrès pour l'environnement. En élargissant les défenses immunitaires de nos plantes, ils permettent de limiter le recours aux pesticides.

(=> ORAMA semble oublier l'existence d'une multitude d'études tout aussi sérieuses et beaucoup moins dithyrambiques sur les organismes génétiquement modifiés. Il ne s'agit pas seulement de savoir si, à ce jour, les OGM peuvent être nocifs pour la santé humaine et pour l'environnement, mais également d'évaluer ces impact à moyen et long terme. D'une certaine manière, l'attitude d'ORAMA rappelle celle des grands industriels du tabac dans les années 60, refusant de reconnaître la nocivité du tabac. En refusant d'envisager la possibilité du moindre danger pour la santé humaine, ces agro-industriels s'exposent à des procès futurs pour manquement à la prudence et mise en danger de la vie d'autrui.)

Monsieur le Président, ne sacrifiez pas l'agriculture française. Tout « gel » sur les OGM conduirait inéluctablement notre agriculture à l'isolement, puis à une dépendance technologique et alimentaire des agriculteurs et des consommateurs français.

(=> Le principe de précaution, que nombre d'industriels considèrent comme un obstacle et dont OROMA a peur qu'il cause une dépendance technologique et alimentaire, est pourtant bel et bien inscrit dans la loi. Le « gel » sur les OGM répond à la nécessité d'un principe de précaution.)

L'avenir agricole et alimentaire de notre pays ne peut se construire sur des valeurs de régression et de repli sur soi. En Europe, comme partout dans le monde, la culture des OGM alimente une croissance verte. La France, 3ème puissance agicole mondiale, doit y prendre une part active.

(=> Parlons du reste du monde, justement. En Amérique du Sud, les petits producteurs, leurs cultures vivrières et la forêt sont sacrifiés au profit d'une quasi monoculture de soja OGM. En Inde, des producteurs ont perdu la totalité de leur récolte d'un coton OGM , qui occasionna un mini-désastre social et écologique. Où est alors la régression ? N'y a-t-il pas là une croyance aveugle dans le progrès, qui permettrait à lui seul de répondre aux enjeux du 21ème siècle, sans que l'on ait besoin de changer notre manière de produire et de consommer ? Quel progrès voulons-nous pour notre société ? Instaurer un gel sur les OGM, ce n'est pas un repli sur soi, c'est d'une part se laisser le temps de mieux connaître les biotechnologies et leurs impacts, c'est d'autre part rejoindre le mouvement qui, de par le monde, refuse de prendre au pied de la lettre les allégations enthousiastes des promoteurs des OGM. Alors certes, il ne s'agit pas d'arrêter toute recherche agronomique, mais pourquoi tout miser sur les OGM, alors que l'agriculture biologique a fait ses preuves, qu'elle apporte plus de garanties et moins d'interrogations et qu'elle pourrait permettre, à elle seule, de répondre aux besoins alimentaires de la Terre, comme l'a récemment démontré une étude de la FAO ? Stratégiquement, ORAMA aurait donc intérêt à s'investir plus avant dans la bio, car en contribuant au développement d'une agriculture saine et de qualité, elle s'exposerait à moins de risques. Une bonne gestion du risque, n'est-ce pas un pilier de la bonne gestion d'une entreprise ?)

Monsieur le Président, depuis toujours, la France aura été le Pays des Lumières et de la résistance à l'obscurantisme. Vous n'avez pas le droit, aujourd'hui, de tomber dans le piège tendu par les marchands de peur. »

(=> On croit rêver ! Pas sûr que les Montaigne, Rousseau et autres Montesquieu auraient vu d'un bon oeil ces produits trafiqués, pas sûr qu'ils aient la même vision du progrès. Et qui agit le plus dans l'obscurité ? Le lobby qui tente, souvent dans l'ombre, de changer les décisions politiques, ou les marchands de peur qui agissent en pleine lumière, médiatique il est vrai, mais qui ont l'intérêt d'éveiller l'attention et de mettre le débat sur la place publique. Quant au terme de « marchands de peur », par lequel ORAMA qualifie les José Bové et autres faucheurs d'OGM, c'est le même qui désignait René Dumont et les premiers écologistes il y a 30 ans, et l'on sait aujourd'hui qu'ils étaient plutôt des marchands de vérité. Et doit on opposer le terme de marchands de peur à celui de marchands de m..., qui pourrait qualifier ORAMA & Co ? C'est plutôt de ces pseudo-paysans, qu'il faut avoir peur, ceux qui, après avoir empoisonné les organismes et les sols pendant des années à grand coup de produits chimiques, voudraient aujourd'hui manipuler en toute légalité les caractéristiques des plantes et nous faire croire, sans aucun recul, que c'est bon pour la nature, que ça n'a rien de contre-nature !)

Signé : ORAMA, nos cultures, notre avenir

(Source : Les Echos, 3 octobre 2007 »)

Posté par tiboob à 16:43 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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